![]() |
| Affiche du film |
- Qui est-ce ?
- C’est moi maître, pour votre amour,
ouvrez-moi la porte !
Un lourd et long cliquetis se fait entendre. Une porte grince et s’ouvre doucement.
Un vent froid s’engouffre sournoisement. Le diable apparaît dans l’entrebâillement.
La pesanteur du sommeil tire sur ses traits.
Son haleine fétide chauffe l’air.
- C’est quoi ce bordel ? postillonne le diable.
- Nous
avons une nouvelle à faire brûler en enfer, maître ! réplique le
démon excité, son visage éclairé par un bougeoir.
- Va, au diable, temps je n’ai point, répond le diable en faisant grincer la porte.
- Mais, Maître, elle a péché, chuchote
le démon.
- Quel poisson ? s’interroge le
diable en relevant ses sourcils.
- Elle a fait porter des cornes à son mari, maître
- Sacrebleu, porter des cornes est un crime ? reprend le diable interloqué, en se frottant la corne.
- Un
sacrilège, Maître
- Morbleu, je n’ai plus de feu, reviens plus
tard, lance-t-il en baillant.
- Mais, Maître …
- N’as-tu donc pas peur d’avoir le diable à tes
trousses, nabot, reviens plus tard je te dis, l’interrompt le diable.
- Mais, maître, êtes-vous insensible à la flamme
que je porte, qui peut raviver le feu de vos entrailles ?
- Soit.
Le diable saisit le bougeoir du démon et referme la porte violemment. La
flamme vacille.
Trois coups sourds se font entendre
de nouveau.
- Oui, quoi encore ? crache le diable
en ouvrant la porte.
- Vous avez oublié, la pêcheuse,
Maître.
Le diable détourne les yeux du démon et pose pour la première fois le regard sur la
pêcheuse. Le tic tac d’une l’horloge est remplacé par le battement de deux cœurs.
La lueur de la bougie étend sa lumière. Le diable déglutit et dit :
- Entrez dans la maison des pêcheurs, mon
enfant et fermez la porte dernière vous, je déteste les courants d’air.
Le démon, repart en clopinant et ricanant.
La porte se referme derrière la pêcheuse en couinant.
- Votre hygiène buccal laisse à désirer, vous
devriez vous laver les dents plus souvent, dit la pêcheuse en usant sa
main comme d’un éventail.Le diable pose le bougeoir sur une table, souffle dans le creux de sa main,
renifle et se dirige prestement pour saisir sa brosse et le tube de dentifrice.
Il se brosse énergiquement les dents. Il revient ensuite vers la pêcheuse
- C’est mieux comme ça ?, revient –il en soufflant à la face de la jeune femme
- Oui, nous n'avons plus l’impression
que votre bouche est directement connecté à votre intestin grêle, mais
dit donc, c’est un vrai bordel chez vous !, constate-t-elle en balayant du regard la pièce où règne un conciliabule entre le linge sale entassé, les mégots empilés, les bouteilles vides
enquillées, et les fils de pêches emmêlés.
- Elle est partie !
- Qui ? Elle est partie ? s’interroge la jeune femme.
- Ma femme !
- Votre femme ? Asseyez –vous et racontez-moi tout ! dit-elle en tapotant sur la chaise puis en commençant à ramasser les vêtements.
- Oui, vous voyez nous
formions un couple heureux, puis la lassitude a commencé à me gagner, vous
savez dans notre métier, il y a essentiellement que des hommes qui viennent. Et
un jour, il y a un type qui est arrivé, un politicien, prince de la finance de surcroît il avait un drôle de nom, moi je
m’étais absenté, j’étais parti surveiller une compagnie qui assure la
maintenance des fours, et ce type a demandé à prendre une douche parce qu’avec
la chaleur il avait sué et il ne voulait pas importuner ma femme de son odeur
corporel. Et là, il est sorti de la douche, lui a sauté dessus et elle n’a pas pu
résister.
- En effet, c’est ballot votre histoire, il faut dire que avec votre
système vous ne pouvez pas attirer des gens biens, seulement des gens qui n’ont
pas froid aux yeux et qui sont prêts à affronter les flammes de l’enfer.
- Ah, bon, vous croyez ?
- Oui, j’en suis sûr, il faut que vous instauriez un nouveau
système.
- Oui, mais je n’ai pas d’idée.
La jeune femme prend une chaise et s’assoie à côté du diable. Après de
longues minutes, la femme s’écrie :
- J’ai une idée.
- Laquelle ?
- A la place, de construire un bazar basé sur
la peur, construisez un bordel basé sur le bonheur, proposer aux hommes de
retrouver plein de femmes.
- Oui, c’est ça, je vais leur donner une
colonie de femmes vierges, s’exclame-t-il en frappant du poing
La femme saisit le diable par les cornes et lui susurre à l’oreille.
- Lucifer, tu es merveilleux.
- Sans vous, je n’y serai pas arrivé, réplique le diable.
- Ne sois pas modeste !
- Mais, mon physique ne te répugne pas ?
- Tu sais, j’avais déjà un mari avec des
cornes.
- Ne me tentes pas ! dit le diable en relevant son sourcil droit.
- Si, j'en donnerai mon âme.
- Ne me tentes pas ! dit le diable en relevant son sourcil droit.
- Si, j'en donnerai mon âme.
La bougie est consumée. La flamme s’éteint. Une nouvelle flamme s’allume
dans leurs yeux. Le diable et la jeune femme s’enlacent et s’embrassent. Le clair de lune devient moins sombre.
Trois coups sourds résonnent de nouveau, on tire, le diable et la jeune
femme se retrouvent en apesanteur.
- On risque rien avec l’église avec une histoire conne comme ça ?
- A partir du moment où tu ne fais pas ça dans une église tu ne risques rien.
- Et dire qu’avant les gens se réfugiaient dans l’église lorsqu’ils
avaient peur des puissants.
- Autres époques, autres mœurs
Gepetto caressa son long nez, rangea ses marionnettes dans sa valise, éteignit les lumières et s’écria
- Qu’ils aillent tous en enfer !

J'aime beaucoup, entre autres, "J'avais déjà un mari avec des cornes" ! Je trouve ton texte (paradoxalement) très frais et amusant.
RépondreSupprimerCe n'est plus un incipit mais encore une courte nouvelle, Azote, tu vas pouvoir nous publier un recueil !
Carole