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A la fée qui pleure

Tu as des anges dans la tête
ils chantent cet air qui m'entête
je voulais voir pousser tes ailes
mais tu te sauves telle l'hirondelle
Ma petite fée, tes larmes de cristal
j'en ferai un collier de perles pâles
sur tes joues blêmes elles creusent un sentier
des fleuves, des vallées, un territoire entier
tu t'envoles vers ces contrées
où jamais je ne poserai le pied
que veulent dire tes mots abstraits ?
pourquoi dis moi m'as tu oublié ?
tes bras gracieux, ton cou de cygne,
ta petite main, ta taille fine
je les ai serrés dans mes bras
je croyais les garder à jamais
tu es partie, tu n'es plus là
qui sait si on reverra jamais
ta silhouette sous la lune
comme un fantôme d'infortune ?
plus rien de toi ne m'appartient
pas même un souvenir ancien
je n'ai rien vu de tous tes signes
de ton amour j'étais indigne
j'ai trop joué avec ton coeur
et aujourd'hui c'est moi qui pleure

simplicité

Un baiser le matin et un autre le soir
Que vouloir de plus ? Il n'y a rien à croire
Un soupir, un sourire, le reflet du miroir
Que vouloir de plus ? Il n'y a rien à voir

nous ne choisissons rien

la vie est faite de rencontres
nous sommes prisonniers du destin
que l'on soit pour, que l'on soit contre
il faut marcher sur ce chemin

un ami

J’avais un ami il n’y a pas si longtemps
Il m’a prise par la main pour m’emmener loin
Il disait « ne crains rien car on a tout le temps »
Et depuis tout ce temps jamais il ne revient

J’entends parfois sa voix comme un écho lointain
Je ne sais pas pourquoi il a pris ce chemin
Qui l’éloigne de moi et me laisse sur ma faim
Il dit qu’il reviendra pourtant il part plus loin

Sa vie est un enfer
Ma vie est un désert
Depuis qu’il est parti
Je reste abasourdie


conclusion

C’était beaucoup de mots
Pour ne pas dire grand-chose
C’était peut-être trop
J’en fais une overdose


la mort se promène dans ce jardin

Ils sont longs les chemins
Ils dont durs, incertains
On avance les yeux bandés

Je n’ai plus mal
Juste un petit pincement
De l’ancienne douleur
Mais celle, immense, qui me colle
C’est la mort qui me suit
Une ombre, une ennemie
Elle me regarde avec ses yeux froids
Je tourne la tête, ferme les yeux
Comme si elle n’existait pas
Mais elle, elle me voit
Elle m’attend, elle me prie
De venir me reposer enfin
Dans le froid immense
Qui habite mon cœur
Avec tous ces mots
Qui ne veulent plus rien dire
Il fait si beau sur ce banc
Je pourrais mourir là
Car il y a des oiseaux
Et des gens qui sourient
C’est une belle image
Pour la fin de ma vie
Je ne suis pas si vieille
Je ferais un cadavre exquis !

l'abandonnée

J'ai peur, oui j'ai si peur
de ton pas qui s'éloigne
résonnant sur l'asphalte
de ta voix qui s'efface
dans ce silence des jours
de ton sourire dissous
dans ma mémoire à trous
de la caresse absente
celle d'hier oubliée
qui ne reviendra plus
de ta silhouette fine
disparue dans la rue
où sans te retourner
tu m'as abandonnée
J'ai peur, oh si peur
de ton visage flou
de tes yeux détournés
dans mes rêves tu souris
même absent de ma vie
de ta chaleur enfuie
de ton rire éclaté
de tes mains refermées
de ton corps refusé
de cet amour brisé
avant de commencer
J'ai peur, tellement peur
j'ai peur de t'oublier
comme tu m'as oubliée





Dimitri

Dimitri, c’est un bien joli nom
Dima, le plus doux des prénoms
Mitia, un ravissant surnom

Dimitri, un nom intéressant
Dima, un prénom si charmant
Mitia, le surnom d'un amant

Dimitri, un nom indéfini
Dima, le prénom d'un ami
Mitia, un surnom tant chéri

Dimitri, ton nom
Dima, ton prénom
Mitia, ton surnom

et tes trois patronymes sont entrés dans mon coeur
pour caresser mon âme avec toute ta douceur


pour celui qui n'a pas le temps

L'ami qui vous trahit
parce qu'il n'a pas le temps
parce qu'il est incorrect
d'avoir des sentiments
Et puis c'est trop suspect
que vont penser les gens ?
Vraiment vous êtes abjecte
vous n'êtes plus une enfant !
Il a trop de travail
Ce n'est pas le moment
Vous semez la pagaille
dérangez tous ses plans
Regardez comme il rit
Il est toujours absent
il s'en va, il s'enfuit
c'est un vrai coup de vent
Vous restez au soleil
encore quelques instants
pour admirer le ciel
et les petits enfants
Puis vous rentrez chez vous
les larmes sous les paupières
Il s'en fout. Après tout
qu'est-ce que ça peut lui faire ?




vision périphérique

Ce miroir nous renvoie l'image abominable
notre ombre, un double insupportable
On détourne les yeux, terrorisés
mais il est toujours là, embusqué
Dans les coins, au delà du regard
il sautille, il revient puis il repart
On pense pouvoir s'en libérer
pauvres crétins, inutile de rêver
Démon du soir, il nous suicide
creusant nos coeurs d'un grand vide

Pour Aurore

Je vois un ange
il me parle tout bas
il me dérange
je ne l'écoute pas

J'entends un ange
il dit "viens avec moi"
comme c'est étrange
d'entendre cette voix

Qui est cet ange
qui ne parle qu’à moi ?
C'est mon bon ange
il me suit pas à pas

Dans ce jardin
il me tient par la main
pour que demain
je me libère enfin

Il murmure, il me sourit
il me rassure, me parle en ami
je l'aperçois si brillant dans la nuit
et cette fois c'est moi qui le suis

La fille et le chat errant après la guerre

Elle marche sur le fil
mais avance toujours
la nuit dans cette ville
où il n'y a pas d'amour
Elle regarde vers le ciel
pour trouver des réponses
mais tous ces gratte-ciel
l'écrasent tels des monstres
Elle s'assoit sur les bancs
des parcs anonymes
pour voir passer les gens
et la vie qui s'anime
Elle admire les vitrines
sur les grands boulevards
et ces bruits l'assassinent
l'agitation l'égare
Elle perd son chemin
revient vite sur ses pas
son parcours incertain
jamais ne la ramènera
Elle veut rentrer chez elle
mais où est sa maison ?
c'était peut-être celle
où elle perd la raison
Les gens la dévisagent
elle a peur de son ombre
alors elle envisage
de fouiller les décombres
Il y aura peut-être
si elle regarde bien
l'amour d'un petit être
à serrer sur son sein
Un joli animal
au poil blanc et soyeux
qu'elle prendra dans sa main
pour regarder ses yeux
Un chat triste qu'elle caresse
et prend contre son coeur
pour calmer sa détresse
ses angoisses et ses pleurs
Cet amour là suffit
parfois pour oublier
toutes les infamies
d'un monde fou à lier

la dispute


Peut on haïr si fort ?
Bien plus fort que la mort
Je ne veux plus te voir
J'ai bien fini d'y croire
Je ne veux plus t'entendre
Tu ne sèmes que des cendres
Tu fabriques des songes
Des promesses, des mensonges
Ton sourire est factice
Tes mots, des artifices
C'est toujours pour demain
Une histoire sans fin
Tu allumes l'allumette
Tu me prends, tu me jettes
J'attends sur le trottoir
Toute seule dans le noir
Bien sûr tu ne viens pas
Tu dis "je ne peux pas"
Vraiment il faut cesser
Ce ballet insensé
Ce n'est pas pour cette fois
Et surtout pas pour moi
Ce sera pour jamais
parce que moi je m'en vais










poème en prose : le poignard

Vois comme sa lame est fine
De l'acier damassé
Le fil du couteau lisse
Luit comme une flamme
Sur ma gorge je le pose
Il caresse ma peau rose
Le tranchant sur la veine
J'appuierai juste un peu
Pour sentir la froideur
De la mort ciselée
Le manche, tout en nacre vieillie
Ma main ferme est dessus
Oserais-je enfin
Appuyer franchement
Faire couler mon sang ?
Je ne sentirai rien
C'est une dague amie
Un poignard très ancien
Je le tiens d'un ami
Qui préfère me voir morte
Que de vivre sans lui
Et moi, qui suis-je enfin
Pour refuser ce sort ?


Eric

Il existait dans les années 70 à Tunis, un train blanc qui s’appelait le TGM « Tunis Goulette Marsa ». Il faisait la liaison entre la capitale et les deux plus grosses villes de la côte.
Ce train était magique, d’abord parce qu’il était blanc, ensuite parce qu’il traversait comme un tapis volant le lac de Tunis au milieu des flamands roses.
Éric et moi nous le prenions souvent pour aller nous baigner à la plage de la Marsa ou à Sidi Bou Saïd. Mais il fallait se montrer patient car le trajet était long, le train blanc ne dépassant guère les 60 km/heure.
Nous partions en fin de matinée de la gare de Tunis, montions avec les fatmas, la marmaille et les animaux dans un wagon de seconde classe à l’intérieur suranné, tout en bois usé. Les fenêtres restaient toujours ouvertes car elles étaient coincées par les années. Le train quittait la gare et d’une petite allure cahotante s’en allait à travers un paysage de collines et de maisons blanches aux toits plats vers la mer bleue. Arrivés à destination après une bonne heure de cahots, nous nous élancions dans le soleil et plongions nos corps surchauffés dans l’eau fraiche et miroitante de la baie. Nous étalions nos serviettes sur le sable fin et regardions voler les oiseaux en mangeant des sandwichs thon-harissa. Les heures s’écoulaient au rythme tranquille des vaguelettes du rivage, des marchands ambulants de cacahuètes et de glibettes, des ânes porteurs de cruches clapotantes d’eau claire et des enfants en blouse délivrés de l’école coranique qui venaient jouer au ballon sur la plage.
Vers cinq heures, nous montions la colline et allions prendre un thé aux pignons et un verre d’eau glacée au Café des Natte ou au café des Gradins. Nous contemplions la baie bleue, blanche, et l’or des mimosas, la nacre de jasmins. Nos corps encore pleins de mer sentaient le sel et le soleil, à nos doigts sales l’on pouvait goûter le sucre des beignets de chez Bumbaloni. Nos cheveux emmêlés par la brise caressaient nos épaules et volaient dans notre dos quand nous descendions la colline en courant et en riant pour attraper le train du soir qui nous ramenait en ville.
Et c’est le trajet du retour qui nous emportait dans une parenthèse de rêve entre le ciel et l’eau. Le train blanc quittait doucement la gare. A cette heure, il comptait peu de voyageurs et contrairement au matin, tout était tranquille. Le clac régulier des roues sur les rails, le sifflement rythmique de la locomotive, le souffle de la brise, tel un concert d’acier, dépouillaient nos cerveaux de toute pensée. Nous nous tenions côte à côte sur la banquette dure, le bois râpé sous nos fesses, le dos meurtri par le dossier raide. Dans le balancement du train, nous étions serrés mais nous ne touchions pas. Nos épaules rapprochées, nos mains abandonnées, nos respirations en accord, lui et moi nous étions comme deux enfants issus du même œuf, à la fois un et autre. Je respirais l’odeur de sa peau, son souffle était dans mes cheveux. Il humait le parfum de mon cou et son pied était près de mon pied. Je fermais les yeux et écoutais les battements de son cœur. Il était là, tout près de moi, et j’étais là abandonnée à son côté.
C’est dans ce train étrange, alors que nous laissons le soleil descendre dans notre dos sur une mer étale, que nous avons été l’un pour l’autre et l’un près de l’autre, moi tout pour lui, lui tout pour moi. Dans ce lieu mouvant, cet espace dans l’espace, ce temps arrêté dans la course des heures, nous étions deux êtres de lumière pour qui tout était encore possible. Nous y avons inscrit dans le silence plus de mots que nous n’avons jamais osé prononcer. Nous y avons volé à la vie ce qu’elle a de plus précieux, ce sentiment minimal, ce frémissement du non achevé qui mit des ailes à nos souliers. A 15 ans nous étions prêts de nous envoler. L’une est tombée et l’autre a disparu.
Aujourd’hui, quand je pense à Éric c’est ce moment-là qui s’impose à mon cœur.
Pour accepter sa mort, je me souviens de lui dans la chanson du train blanc, dans le parfum des fleurs et la tiédeur du soir. Il est encore là, tout près de moi, et nous ne nous touchons toujours pas. C’est inutile. Je revois le vol des flamands roses sur le miroir du lac et il me semble qu’il a choisi de retourner là-bas pour fendre l’air avec les grands oiseaux.


petite chanson russe

Dans la forêt blanche d'Ukraine
glisse une blanche troïka
Dans le silence elle promène
petit Boris et Natacha

Raconte nous petite mère
ce qu'ils ont vu sur le chemin
Raconte nous petite mère
jusqu'à demain

Ils rencontrèrent la zibeline
le renard bleu et puis le loup
Si vous allez chez la tsarine
voulez-vous nous prendre avec vous ?

Raconte nous petite mère
ce qu'ils ont dit sur le chemin
Raconte nous petite mère
jusqu'à demain

Nous n'allons pas chez la Tsarine
Nous retournons à notre isba
Loup et renard et zibeline
sont montés dans la troïka

Raconte nous petite mère
Ce qu'ils ont vu sur le chemin
Raconte nous petit mère
jusqu'à demain

Et tous ensemble ils s'en reviennent
serrés pour ne pas avoir froid
dans la forêt blanche d'Ukraine
avec Boris et Natacha

Raconte nous petite mère
Ce qu'ils ont fait sur le chemin
Raconte nous petite mère
jusqu'à demain
jusqu'à demain









Moscou

Moscou la belle
Ville cruelle
Illuminée
Moscou radieuse
Ville joyeuse
Ensoleillée
Moscou si dure
Ville obscure
Ensorcelée
Moscou la Riche
Ville qui triche
Décomposée
Moscou si triste
Ville pessimiste
Agenouillée
Moscou si pale
Ville glaciale
Emmitouflée
Moscou toujours
Ville d'amour
Des coeurs brisés

Moscou qui me broie
Dans son gant d'effroi


un dernier pas

C’est notre dernière danse
Un ultime pas de valse

C’est notre dernière chance
Avant que tout ne valse

la colère

Ton poing contre le mur
Tes cris et mes murmures

La nuit des sorcières

La lune cette nuit sera pleine
Elle sera ronde et argentée
Dans un ciel noir tourmenté
Dont les étoiles s’éteignent